L'Existence,
tout simplement...
Un
père travaille dans son bureau à une nouvelle
science qu'il nomme la Science de l'Existence. Il venait
d'écrire sur son
ordinateur que l'existence est la toute première des
notions qu'un enfant acquiert dans sa vie, que cette notion
naît naturellement
chez l'enfant dès qu'il prend conscience de son existence.
Ce que le père venait d'écrire sur la machine
lui semblait très
évident,
car il avait déduit cela en faisant l'exercice mental très difficile
de plonger en lui-même et de remonter aussi loin que possible jusqu'à
sa plus tendre enfance, pour revivre le
moment exact où la
notion d'existence ou le sens du verbe "exister" est
né chez
lui. Puis la conclusion lui a paru aussi claire et limpide
comme de l'eau de roche, et il a écrit cela sur le
clavier. Lui était un adulte, il a reconstitué mentalement
son enfance, il a fait l'exercice très difficile de
redevenir enfant pour redécouvrir les choses et les
notions fondamentales, la manière
dont ces notions germent au plus profond de son esprit. Mais
il n'avait jusque-là pas songé à vérifier
ses conclusions chez un vrai enfant, à le sonder pour
savoir comment il
conçoit
la notion
d'existence
et surtout comment il a acquis cette notion.
A
côté de son bureau, sa
petite fille de 3 ans et demi joue. Puis
l'idée lui vient de vérifier sa théorie sur l'enfant. Le père
pose une série
de questions du genre : "Est-ce que ceci existe ?" ou "Est-ce
que cela existe ?". Le "ceci" ou "cela" à
propos duquel le père interroge sa fille est d'abord quelque
chose de concret qu'elle a devant les yeux. Mais
dans des questions suivantes, le père l'interroge
sur quelque chose de concret, mais qu'elle n'a pas directement
à la portée de ses sens, donc qui commence à être "abstrait",
comme on dit. Le but est de commencer à vérifier comment
sa fille conçoit l'existence de choses qu'elle ne perçoit pas
directement,
l'existence
de choses
abstraites. Puis, pour aller plus loin dans ce sens-là, son père
lui demande si la
colère
existe. C'est en effet une notion abstraite, qui ne peut
pas être
perçue
par les sens, mais dont les effets ou la manifestation peuvent
l'être, car on ne voit pas la colère mais
on peut par exemple voir un homme en colère, et entendre
une personne en colère....
A chaque fois la petite fille répond "oui" à la
question de l'existence de
la chose demandée, et souvent d'une manière étonnée
qui semble dire : "Bien sûr que oui. Quelle question ! C'est
pas évident pour toi ?"
Le
père, qui enseignait alors les maths et les sciences
en lycée
professionnel, connaissait
les difficultés de beaucoup de ses élèves
en maths, et en particulier les grandes difficultés
psychologiques que certains avaient avec le 0 et
les opérations
qui l'impliquent. Ce
prof de maths (pas comme les autres...) avait sa
vision des choses sur l'origine profonde de ces difficultés,
et il faisait
des recherches
personnelles
sur
le traitement scientifique de la notion d'existence, qu'il
a
identifiée comme la clef de la solution à tous
les problèmes
fondamentaux.
Il
réfléchissait beaucoup sur l'outil
que les mathématiciens et les logiciens appellent
le "quantificateur
existentiel" (l'expression "IL EXISTE"), qui
leur sert à formuler les
axiomes mathématiques, comme par exemple
l'axiome de l'ensemble vide, qui dit : "IL EXISTE un
ensemble n'ayant aucun élément". Pour
dire cela dans le langage que le commun des mortels comprend,
c'est tout simplement l'existence
du fameux nombre 0 qu'on pose ainsi dans
la théorie des ensembles. Et quand les physiciens
se demandent par exemple si le boson de Higgs ou si le gravition
existe, c'est encore la notion d'existence qui
est impliquée. La science (directement ou indirectement) utlise
donc beaucoup la notion d'existence pour formuler ses questions
comme tout le monde, mais elle
ne
s'interroge
pas sur
la notion d'existence elle-même, elle n'en fait pas l'objet
principal de toutes ses investigations. Elle est releguée à
la philosophie, mais pas l'objet (et encore moins le point
de départ) de la science. Elle ne s'est donc posé les
bonnes questions au départ, elle a sauté une étape
de la plus haute importance dans ses interrogations.
Le
père a donc compris que la science doit partir de la
notion d'existence, et ses interrogations sont le point de
départ de ce qu'il appelle la Science
de l'Existence. Mais
il
n'a pas osé demander à sa petite fille si "le
résultat de la
division
de
1
par 0 " existe... Trop petite sûrement, pour
comprendre de quoi son père veut parler exactement.
Son interrogatoire s'achève donc avec la question
sur la colère, et ce n'est
pas
pour rien que cette notion lui est venue à l'esprit
(voir
Romains
1 : 18-20). A la fin le père demande
simplement
à sa petite fille : "Qui
t'a appris ce que le mot 'existe' veut dire ?" Et
elle répond
: "Je
ne sais pas, c'est une question très difficile"...
Question
très difficile, ou simplement parce que la petite fille
se heurte à une question qui ne devrait pas se poser
?
Voir
aussi :
La question de l'EXISTENCE